Sur la DM3
Séance plénière du 14 novembre 2005
Olivier Le Pichon pour le groupe CGT
CONTRE LE DEVELOPPEMENT DE L’APPRENTISSAGE
Nous souhaitons saisir
l’occasion du débat sur la DM 3 pour alerter le Conseil régional sur sa
politique éducative et plus particulièrement sur l’apprentissage.
Le texte indique clairement
qu’il s’agit de « favoriser l’apprentissage ».
Nous avons, à de nombreuses
reprises, dit que ce que nous pensons sur l’apprentissage dans cette assemblée.
Au risque de nous répéter, nous réaffirmons que le conseil régional fait
fausse route en entendant développer cette voie de formation.
Le conseil régional en
accompagnant la politique du gouvernement s’inscrit dans une logique qui
consiste à reculer sur ce qui a fait le mouvement séculaire dans le domaine
éducatif.
Ce mouvement de progrès a
fait que l’âge de la scolarité a été augmenté et surtout que le lien de
sujétion entre éducation et travail a été relativisé. Depuis quelques années,
l’offensive libérale contre l’école pour toutes et tous fait des dégâts. Des
dizaines de milliers de postes ont été supprimés dans l’Education nationale.
Les conditions d’études des jeunes et les conditions de travail des personnels
sont considérablement dégradées. La carte des formations a été particulièrement
réduite pour répondre à une logique purement adéquationniste entre offre
d’emploi et offre de formation.
Le dispositif public
d’enseignement professionnel en formation initiale, les lycées professionnels,
sont, dans cette logique purement comptable, dans l’œil du cyclone.
Les derniers développements
de la crise sociale devraient alerter le Conseil régional. Une des mesures
qu’entend mettre en place le gouvernement Villepin pour résoudre la crise
sociale consiste en un véritable scandale et un retour en arrière inadmissible
pour tous. Il s’agirait d’instaurer la possibilité d’être apprenti dès l’âge
de 14 ans.
La loi dite de
« cohésion sociale » que la CGT a condamné donne ici toute sa mesure.
Avec le développement de l’apprentissage pour les jeunes en difficulté à
l’école on stigmatise toute une partie de la jeunesse, en estimant qu’elle
n’aurait pas le même droit à l’éducation.Tout le monde le sait dans cette
assemblée : l’apprentissage précoce ne concernera pas les enfants des
classes sociales les plus favorisées. Pour paraphraser un auteur célèbre en son
temps L. Chevalier (1) : sommes nous revenus à l’époque où les classes
laborieuses étaient jugées comme dangereuses ?
Dans le contexte actuel le
fait d’associer implicitement apprentissage, difficultés scolaires, voire
délinquance est une grave dérive que beaucoup, il suffit de se référer aux
déclarations de représentants de l’UPA, ne peuvent accepter.
Clairement, une indication
est donnée pour celles et ceux qui n’auraient pas encore compris. Avec cette
mesure s’en est fini de l’obligation scolaire à 16 ans. C’est une rupture
fondamentale avec l’égalité des chances pour toutes et tous qu’à la CGT nous
n’acceptons pas.
C’est dans cette situation
que nous alertons avec solennité le Conseil Régional sur les dangers à
s’inscrire davantage dans le développement de l’apprentissage.
Nous renouvelons notre proposition d’ouvrir le débat
sur le développement de la formation initiale professionnelle notamment en
adoptant un plan d’urgence pour les Lycées Professionnels publics.
(1)L.Chevalier, Classes
Laborieuses et Classes dangereuses à Paris pendant la première moitié du XIX°
siècle, Paris, Plon, 1958.