Historique de l'atteinte aux droits et libertés de 2 militants CGT
du Centre de Tri de St Brieuc/Ploufragan
 
En décembre 1995, le centre de tri de St Brieuc était le premier centre en grève illimitée en même temps que les cheminots.
La lutte allait durer 23 jours.
Non contente de saigner les salariés par des retenues totales, la direction engageait une première procédure disciplinaire envers le secrétaire de la section CGT du Centre de Tri Yann Quemper et un syndiqué CGT Jean-Claude Le Biniguer le motif invoqué : avoir comparé l'attitude de certains cadres à celle du régime de Vichy.
  La lutte enclenchée début 1996 allait durer 2 mois et grâce à une puissante mobilisation Poste, Telecom, interpro les conseils de discipline était annulés.
Depuis la direction revancharde n'a cessé de harceler les salariés du Centre de Tri, les atteintes à la dignité se sont multipliées.
Lors d'un conflit en Juin 1998 contre une restructuration aboutissant à 2 suppressions d'emplois, les salariés réunis en Assemblée Générale le soir envoient une délégation discuter avec le directeur.
Ce dernier refuse tout dialogue et claque la porte au nez du secrétaire départemental de la CGT PTT 22.
La réaction du personnel est spontanée, la quarantaine d' agents de la brigade de nuit poussent quelques chariots devant la porte du directeur.Celui se prétend "séquestrer" et fait appel à un huissier.Pendant ce temps des cadres entrent et sortent du bureau du directeur.A aucun moment ce dernier ne demande au personnel de déplacer les chariots.
La direction tient enfin sa revanche de 1995. Elle fait procéder à une enquête administrative. Cinquante agents sont "interrogés" en juillet 1998.
Pendant près de 9 mois c'est le "silence radio". Le centre de tri est calme même si les revendications demeurent notamment en matière d'emploi et d'amélioration du service public.
Puis soudain fin février au moment où les négociations sur la réduction du temps de travail doit se dérouler bureau par bureau, la direction départementale appuyée par la direction de la délégation Ouest décide de convoquer 2 agents devant le conseil de discipline.
Il s'agit à nouveau du secrétaire de la section CGT Yann Quemper et d'un syndiqué CGT Thierry Redon.
2 otages sur la quarantaine d'agents présents dans l'action de Juin 1998.
Les sanctions demandées sont lourdes : 6 mois d'exclusion sans salaire pour Yann Quemper et 3 mois pour Thierry Redon. Le motif invoqué également : "séquestration de cadres"
Le syndicat départemental appelle à une première manifestation qui réunit près de 500 salariés à St Brieuc.
Le Conseil de discipline requalifie la faute en retenant non plus une séquestration mais un "blocage" , les sanctions sont fortement diminuées mais elles demeurent : pour Yann Quemper c'est la mutation d'office vers un bureau de poste sans espoir de retour au centre de tri , pour Thierry Redon c'est la mutation de la brigade de nuit vers la brigade de jour avec également peu d'espoir de revenir en nuit.
Visiblement ces sanctions ont pour objectif de casser la section syndicale CGT du centre de tri, de casser toute véléité de lutte du personnel. A travers les 2 otages syndicalistes c'est bien le personnel qui est attaqué.

Malgrè toutes les mises en garde, la direction décide d'appliquer les sanctions.

Quand Thierry Redon se présente à son poste de travail à 20h le 17 mars, il s'entend signifier par l'encadrement qu'il ne fait plus partie de la brigade de nuit.

La trentaine d'agent de la brigade de nuit cesse alors immédiatement le travail, elle sera suivie par la brigade de jour c'est le début d'un conflit qui va durer quinze jours.

RETOUR page d'accueil
 
   LES 15 jours de CONFLIT
(1ère partie du 17 au 29 mars)

Le 17 mars le conflit démarre en nuit, il se poursuit en jour et dans l'autre brigade de nuit. Une  manifestation interpro a lieu le 19 mars à St Brieuc elle réunit plus de 400 personnes.

La direction met aussitot en place des centres de tri parallèles dans des entrepôts près de Lamballe et y fait travailler des cadres.Elle fait également appel aux centres de tri supplétifs (Nantes...)

Le lundi 22 mars les agents du centre de tri décide l'occupation du hall de la mairie de St Brieuc.La première nuit sera tendue avec la présence de nombreux CRS pour la manifestation paysanne. Vers 23H les agriculteurs déchargent des fagots et palettes devant la porte de la mairie et menacent d'y mettre le feu. Est ce la présence d'une cinquantaine de grèvistes du centre de tri et de la profession qui les en dissuade?

Le mardi 23 mars, l'occupation s'organise, lits de camp, couvertures, équipes pour l'occupation et pour une présence au Centre de Tri. Chaque nuit un membre du secrétariat du syndicat départemental sera présent.

Les responsables politiques interpelés depuis le début du conflit et même avant multiplient les interventions vers la direction départementale rien n'y fait. Toutes les tentatives de négociation échouent. Il parait évident que le directeur départemental a le soutien de la délégation ouest même si son directeur sait toujours ramener la balle au niveau du département.

Le jeudi 25 mars, une forte délégation de grèvistes (100) malgrè la présence policière importante s'invite dans la salle de l'équinoxe où se déroule un débat sur l'aménagement du territoire avec l'ensemble des responsables politiques du département, des acteurs sociaux (Conseil économique et social ) et du ministre délégué Charles Josselin. .Le président du Conseil Général des Côtes d'Armor C. Le Breton laisse la parole au secrétaire départemental de la CGT Hervé Le Bars qui devant l'assemblée dresse en 1/4 d'heure un portrait de la répression syndicale au centre de tri tout en rappelant les revendications des agents qui permettraient une amélioration et un développement du service public.Le secrétaire régional de SUD intervient également quelques minutes.A l'issue de ces interventions, le ministre délégué rencontre la délégation hors de la salle et après discussion s'engage à intervenir immédiatement auprès de Christian Pierret pour demander le sursis pour les sanctions infligées.

Même si la revendication reste la levée des sanctions, l'avancée semble réelle et le soir les 300 manifestants réunis devant la mairie toujours occupée espère sérieusement une issue positive au conflit. La manifestation se rend à la Direction Départementale. Une négociation s'engage, elle durera de 19h à 4h le lendemain matin avec un relevé de conclusion qui n'est pas accepté par les grèvistes. En effet les sanctions sont maintenues et la durée de ces dernières très floues.

L'occupation de la mairie est levée le samedi soir. Il y a beaucoup de déception chez les grèvistes et tout ceux qui les soutiennent vis à vis des responsables politiques de la gauche plurielle.

RETOUR page d'accueil

           15 jours de conflit (suite)
                   (2ème partie du 29 mars au 2avril)
 
La nuit du dimanche au lundi une délégation de grèvistes se rend au centre de tri parallèle.Le courrier ne peut pas partir.

Le lundi 29 mars, la Commission éxécutive de la CGT PTT et les agents du Centre de Tri décident de se rendre à la direction départementale.Après avoir réussi à franchir les portes, la cinquantaine d'agents des PTT présents interpellent pendant plusieurs heures le directeur départemental de la Poste. Pendant ce temps une délégation régionale est reçue à Rennes.L'occupation de la Direction est levée vers 21h les agents se rendent alors à la mairie de St Brieuc où se tient le conseil municipal. Ils trouvent la porte close ce qui est illégal. Le prétexte invoqué d'une nouvelle manifestation paysanne ne peut camoufler la réalité : la municipalité ne veut pas une seconde occupation. C'est de force que les agents doivent pénétrer à l'intérieur du hall, on frôle l'incident dans une bousculade.La discussion avec le sénateur maire et la député de St Brieuc sera très vive, les agents leur disant ce qu'ils pensent de leur incapacité à se faire entendre par les dirigeants des entreprises publiques.

De nouvelles négociations s'ouvrent le mardi 30 avec la direction.Malgrè quelques garanties sur le retour en nuit de Thierry Redon et sur le retour au centre de tri dans 2 ans pour Yann Quemper les sanctions sont maintenues.
Le 31 mars nouvelle négociation à la direction, un relevé de conclusion est établi sur les conditions de reprises du travail ( exemple: la brigade de nuit qui a le plus de jours de grève ( 16 jours ) aura 12 jours de retenue de salaire.).
La solidarité financière avec les grèvistes se développe, près de 50 000 F recueillis dans la profession et dans l'interpro.
Les Assemblées Générales du Centre de Tri décident de la reprise à une faible majorité en nuit et dans un climat tendu.
Les 1er et 2 Avril se tient le congrès départemental de la CGT ( interpro) à St Brieuc.
C'est au cours de ce congrès que les délégués apprennent que 3 agents du centre de tri dont les 2 agents sanctionnés ont décidé d'entamer une grève de la fin.
Même si cette forme d'action individuelle n'est pas de nature syndicale elle démontre le sentiment d'injustice ressenti par des camarades qui ne sont coupables que d'avoir mené une action syndicale collective contre des suppressions d'emplois en juin 1998.
La Poste qui déclare savoir gérer ce genre de situation se contentera de faire peser les agents par le médecin de prévention avant de faire appel au SAMU.
Les grèvistes de la faim s'installent dans une caravane dans la cour du centre de tri. Sur celle ci outre le motif de la grève de la faim contre les atteintes au droits et libertés fleurissent les revendications du Centre de tri.
La caravane devient le lieu de rendez vous des équipes de jour et de nuit pendant les pauses.Chaque soir les agents débrayent un 1/4 d'heure pour faire une AG près de la caravane.
La solidarité de toutes les professions se manifeste par des visites ( France Telecom, Hôpital, EDF, DDE, Sambre et Meuse, Chaffoteaux, le joint français, SNCF....)
La presse, l'AFP,les radios et la télévision rendent compte de cette grève de la faim. La solidarité des autres centres de tri bretons se manifeste également par des visites, des aides financières..
     14 jours de grève de la faim

La direction manifeste toujours le même entêtement mais elle est placée devant une situation inhabituelle : elle n'arrive pas à faire véritablement repartir le travail au centre de tri surtout en nuit.

En effet comment les agents pourraient ils travailler normalement avec 3 collègues en grève de la faim dans la cour du centre. La direction envoie des huissiers tous les jours et envisage de faire évacuer de force la caravane.

La Commission éxécutive départementale de la CGT PTT 22 dans une réunion exeptionnelle à 18h le jeudi 8 mars décide d'organiser une grande manifestation le lundi 12 mars au Centre de tri.

Le lundi 12 mars, 400 personnes sont réunis au centre de tri pour exiger la levée des sanctions. La situation est très tendue, le directeur fait de la provocation et ce n'est que grâce au sang froid de militants CGT qu'il ne se fait pas molesté. Les camions sont bloqués et le meeting dynamique s'achève par un tous ensemble qui rappelle 1995.

Le lendemain s'ouvrent de nouvelles négociations.Les sanctions sont maintenues mais des garanties sont cette fois donnée sur leur durée et sur les conditions de retour à leur poste des 2 camarades sanctionnés.

Le mercredi 14 mars les 3 collègues mettent fin à leur grève de la faim.

Pour la CGT PTT 22 l'action n'est pas terminée et il ne se passera pas un jour, pas une audience où la levée totale des sanctions sera demandée.Le meilleur moyen de gagner étant de créer un mouvement revendicatif fort à la Poste sur le département.