INTERVENTION DE GUY JOURDEN
du Groupe CGT sur les pôles de compétitivité
En juillet le Comité Interministériel d'Aménagement du Territoire a retenu 67 candidatures parmi les très nombreux projets de pôles de recherche-industrie
élaborés en région. Parmi ceux ci 15 sont considérés à vocation mondiale et bénéficieront d'aides
conséquentes.
Pour notre région 3 pôles ont été retenus,
2 pôles à vocation mondiale : Le pôle technologies de l'information « Images et réseaux » et le pôle mer « Sea-nergie » commun à la Bretagne et à la Provence-Alpes-Côtes d'Azur
I  pôle à vocation nationale : le pôle agroalimentarie « Valorial »
Pour la CGT, le contenu des pôles de compétitivité constitue un enjeu majeur pour le développement de nos industries ; chaque région voyant ses atouts mis en avant dans une perspective de partenariat recherche, industrie et pôles universitaires.
Mais ces atouts pourront-ils être vraiment valorisés s'ils demeurent soumis aux contraintes de rentabilité accrues et à l'absence de coopération concrètes entre les territoires et avec les tissus productifs locaux ?
Tels qu'ils sont dessinés, les pôles de compétitivité risquent au contraire de renforcer la mise en
concurrence et la polarisation des activités dans les territoires.
Le zonage infra-régional exigé par l'Etat risque d'écarter les PME réparties sur tout le territoire régional. Il
confirme la volonté de créer des zones franches et servirait de fait à regrouper et flécher les crédits de
l'Etat.
II suscite d'ailleurs une forte réaction de l'ARF par l'intermédiaire de son président qui estime que « l'élan qu'avaient initialement suscité les pôles de compétitivité est complètement brisé »
Pour la CGT, les pôles ne peuvent être isolés du reste des besoins de développement des territoires. Leur conception doit donc être axée sur la promotion des partenariats concrets avec l'ensemble des industries de base et des réseaux de services et notamment des services publics assurant une cohérence globale au niveau régional et inter-régional
Ces pôles pourraient également conduire à subordonner les priorités de la recherche développement et surtout de la recherche fondamentale publique à la rentabilité des actionnaires. Le pilotage à vue de la recherche par l'aval industriel ne peut remplacer les recherches impulsées dans le secteur public qui ont un horizon se situant entre quelques années jusqu'au demi-siècle. C'est cette recherche fondamentale qui accumule les idées et entasse les potentialités futures qui permettront d'innover dans la réalité industrielle.
La CGT estime qu'il faut augmenter les crédits de la recherche publique, améliorer les statuts du personnel, instituer un moratoire sur les baisses des effectifs et des moyens qui affectent les EPIC comme IFREMER et la recherche des entreprises nationales, redéfinir les politiques de recherche menées par les entreprises, favoriser l'engagement de l'Etat dans de grands programmes nationaux de recherche (énergie, santé, transport, habitat, communication)
D'autre part, le financement de ces projets pose problème : les fonds publics sont insuffisants et devraient provenir des privatisations ce qui pour nous est contradictoire avec un développement industriel sur des bases solides. De plus à part la Caisse des dépôts, le système bancaire n'est pas impliqué.
Pour la CGT, le financement du développement industriel sur des bases solides requiert 3 impératifs : créer un pôle financier public pour le développement des activités productives, de la recherche et de l'innovation ; une meilleure utilisation des crédits bancaires au service de l'emploi, de la recherche et du développement industriel ; la création de « fonds d'intervention pour l'emploi et le développement solidaire des territoires » ( fonds régionaux) responsabilisant tous les acteurs.
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Enfin les questions du développement des capacités humaines, des niveaux de qualification de tous les salariés, des statuts des personnels qui sont indispensables pour la reconquête de l'industrie sont absentes de la conception même de ces pôles de compétitivité.
L'accent est au contraire mis sur les multiples exonérations sociales et fiscales qui ont montré leur inefficacité quant à la création d'emplois et d'activités pérennes comme nous le rappelle les délocalisations de STM , du pôle formation Alcatel de Brest entreprise pourtant retenue dans le cadre du pôle image et réseaux, sans parler des divers plans sociaux touchant des entreprises du pôle mer « Sea-nergie ».
Pour la CGT le développement de l'activité économique, dont l'industrie, est indissociable de la promotion de la demande et de la consommation salariales ; cela nécessite de sortir du cercle vicieux de « la modération salariale » et de ré-inverser le partage de la valeur ajoutée au profit des salariés.
Il faut mettre en place non pas des exonérations de charges sociales mais au contraire des mécanismes qui incitent à investir dans la production, la recherche, l'innovation, à augmenter la masse salariale et qui pénalisent les investissements financiers et les délocalisations.
Aujourd'hui l'état semble dans le cadre des pôles de compétitivité être à la fois le stratège, l'arbitre et l'opérateur notamment par l'intermédiaire des préfets au sein des comités de coordination.
Pourtant l'enjeu des pôles est bien le prolongement de politiques que les régions mènent depuis des années en terme de modernisation industrielle de soutien à l'innovation et à la recherche.
Pour la CGT, le pilotage et l'évaluation des pôles ne peuvent être confisqués par les représentants de l'état.
Scientifiques, élus, représentants des salariés doivent y prendre complètement leur place pour être en mesure de peser sur les choix stratégiques des entreprises et pour mettre en œuvre des projets territoriaux garantissant les résultats en termes d'emplois et d'activités nouvelles.